Les comédiennes FlorisseAdjanohoun et Nathalie Hounvo-Yèkpé dans la pièce théâtrale " 25 Décembre" Copyright: Tognidaho

Bénin/Fitheb 2018, « 25 décembre » : au-delà de la satire, un symbolisme éloquent

Le Fitheb 2018, tenu du 16 au 24 novembre a enregistré bien des spectacles dont « 25 décembre ». Mise en scène par Didier Sèdoha Nassègandé, avec sur scène Florisse Adjanohoun et Nathalie Hounvo-Yèkpé, cette création dénonce les travers du pouvoir et de la société. Dans une scénographie symbolique et un jeu d’acteur méticuleux, Didier Nassègandé donne la parole aux ‘’petites vies’’.

« 25 décembre », c’est l’histoire de deux amies d’enfance. Matilde et Elizabeth. En grandissant Elizabeth fait fi de ses principes et vertus pour se faire une place dans la cours des ‘’grands’’. Devenue première dame de la République, elle se verra dérangée par sa meilleure amie Matilde, qui, elle ne jure que par le ‘’bien commun’’. Cette dernière met son militantisme au service des plus pauvres, ‘’des petites vies’’. Ce qui ne facilite pas la tâche au pouvoir en place. Matilde est donc emprisonnée. A la veille de son exécution, la première dame lui rend visite non pas pour la féliciter ni pour compatir à sa peine mais pour l’amadouer et ainsi la dissuader. Car pour cette dernière, la lutte ‘’farouche’’ de Matilde est nulle et sans effet puisqu’elle n’empêche en rien les infamies de ce monde.

Dans un dialogue fougueux, les masques tombent. Des aveux sont faits. Et, il s’avère que la première dame, loin de toute opulence, porte en elle une prison non visible mais aussi pesante que celle de sa congénère. Cette prison invisible est d’ailleurs traduite pas le costume sur scène (une salopette de détenue) de la première dame qui est identique à celle de son amie prisonnière.

Un symbolisme parlant
« 25 décembre », c’est le quotidien de tous les citoyens du monde condensé en une pièce théâtrale. Du texte, en passant par le jeu d’acteur jusqu’à la mise en scène, tout dans ce spectacle est symbolique, porteur de sens et de message. Déjà le titre « 25 décembre » (date où des riches font montre d’une ‘’charité publicitaire’’) est évocateur.
Le metteur en scène a su jouer avec l’apport du symbolisme au théâtre pour traduire plus d’une situation et ce, en misant sur le talent des comédiennes. Florisse Adjanohoun et Nathalie Hounvo-Yèkpé respectivement dans les rôles de Matilde et d’Elizabeth, profitant du décor, sont parvenues à donner vies au texte et à transmettre de l’émotion. Avec prestance et témérité, ces comédiennes usent de vigueur sur scène et portent des propos sensibles.

Comme pour montrer l’omniprésence de l’information dans le quotidien des hommes, des panneaux de journaux sont installés en arrière-plan. L’on perçoit aussi des caisses identiques à des portillons et disposées de part et d’autre sur la scène. A première vue, l’on pourrait se demander l’utilité de ces portillons sur scène or c’est avec ces derniers que tout se joue. Dès les premières scènes déjà, leur utilité se fait sentir au point de se fondre au jeu d’acteur. Avec fougue et fermeté, les comédiennes tout le long de ce spectacle déplacent d’un endroit à un autre, ces portillons. Faisant ainsi frontières entre les situations, ces caisses facilitent la transition. Elles prennent diverses formes, s’ouvrent et se referment. Tantôt pour déboucher sur de nouvelles scènes tantôt pour pousser la curiosité du spectateur vers un monde imaginaire.

Avec ces cadres de porte, les comédiennes donnent l’illusion d’aller d’un endroit à un autre. L’on pourrait se croire au cinéma où la fiction prend le pas sur la réalité. Ici, la concentration du public est fortement sollicitée. Le texte change. Le jeu d’acteur et l’environnement aussi. Mais tous se complètent pour traduire un ensemble.

Cette mise en scène peint des situations qui confinent l’Homme. Au-delà de l’apparence, elle met en évidence la nature intrinsèque de l’Homme et laisse penser que chacun est porteur d’une prison qu’elle soit visible ou non. « 25 décembre » a fait forte impression à toutes ses représentations pendant le Fitheb.

Inès Fèliho

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