Vue de l’exposition « Nos printemps ». Crédit photo : Audace Aziakou

Bénin : « Nos printemps », la nouvelle exposition à Le Centre de Lobozounkpa

Le Centre, espace artistique situé à Lobozounkpa a procédé au vernissage de l’exposition Nos Printemps le vendredi 03 août 2018. Les œuvres présentées sont le fruit d’un mois de résidence de création des artistes Moufouli Bello (Bénin), Samuel Tété-Katchan (Togo-Ghana) et de Marie-Charlotte Urena (France). Cette exposition s’inscrit dans le cadre de la 16ème édition de résidence organisée par Le Centre.

Les artistes ont révélé au public des œuvres hautes en couleurs. Peintures, sculptures et installations sont déployées au sein des salles d’exposition. La richesse des palettes de couleurs utilisées font écho au printemps. Cette saison se caractérise par le retour du soleil, l’éveil et la régénération de la nature après le froid de l’hiver. Au-delà de ce rapport à la couleur, qui unit le travail de ces trois artistes, l’exposition met en lumière « la beauté des nuances, des contrastes et la force de l’harmonie dans la différence ».

Samuel Tété-Katchan : un quotidien fort en couleur
L’artiste togolo-ghanéen présente quatre peintures. Ses créations tournent autour des scènes de la vie quotidienne, on y perçoit également l’influence de la religion catholique. L’œuvre de Samuel Tété-Katchan se définit par une ingénuité, tant dans le fond que dans la forme : on y retrouve les couleurs vives, la représentation figurative de sujets populaires, les formes simplifiées qui caractérise le style de la peinture naïve.

Samuel Tété-Katchan, « The last supper », 150 x 120 cm, 2018. Crédit photo Le Centre

L’œuvre «The last supper » est un écho, une réinterprétation de la célèbre peinture murale « La Cène » de Léonard de Vinci (1452-1519), réalisée entre 1495 et 1498. Représentant le dernier repas de Jésus-Christ avec ses douze apôtres, la veille de son arrestation, il s’agit d’un événement au cœur de l’iconographie catholique.

Léonard de Vinci, « La Cène », 460 x 880 cm, 1495-1498.

« Bus station » est une peinture (192 x 125 cm) dont les motifs sont gravés sur des planches de palettes de bois assemblées puis peintes. Représentant une gare routière, on y observe des passagers assis dans des taxis et d’autres potentiels, ici encore on observe un rapport d’échelle et de perspectives différent.

Samuel Tété-Katchan, « Bus station », 192 x 125 cm, 2018. Crédit photo : Audace Aziakou

 

Marie-Charlotte Urena : une œuvre en relation avec la nature
Marie-Charlotte Urena, une jeune artiste française venue de Dijon, focalise son attention et sa création sur le tissu et les teintes. Dans la première salle d’exposition, elle présente une installation. Suspendues sur un fil, plusieurs œuvres textiles teintées, sur lesquelles sont peints des motifs, traversant la salle d’exposition.

Marie-Charlotte Urena, « De Lobozounkpa à Togbin », Installation, 2018. Crédit photo Audace Aziakou.

L’artiste développe ses œuvres textiles en relation avec le contexte de création : « J’ai été un peu choquée de découvrir que le pagne wax venait de la Hollande… Je pensais que c’était un pagne d’Afrique, produit en Afrique. En arrivant, j’ai vu que tout le monde était habillé avec le pagne wax. Du coup, je me suis dit que c’est la culture, ce tissage décidé du passage des colons », a confié Marie-Charlotte Urena.

Pour la soirée du vernissage, Marie-Charlotte Urena portait une jupe- œuvre, intitulée « Cotonou » dont le motif de feuilles d’acacia a été réalisé par ses soins. Une création made in Cotonou que l’artiste décrit : « C’est une façon de fermer la boucle, j’ai travaillé ici sur le textile et sur les teintes. Une manière pour moi de finir l’objet, de le couper, de le coudre ».

Le choix des colorants naturels (curcuma, bissap, etc.) est lié « à une volonté écologique de réfléchir à la pollution qui est créée par l’industrie de la mode et de découvrir ici quelle plante territoriale pourrait être utilisée pour servir à la production de tissu de teinte. ».

Le pagne, est un dénominateur commun pour les artistes Moufouli Bello et Marie-Charlotte Urena dans cette exposition. Matérialisant une collaboration fructueuse, la mise en relation de leurs travaux dans l’une des dernières salles d’exposition nous offre un dialogue dynamique entre leurs créations.

Marie-Charlotte Urena, « Sans-nom (pagne aux motifs de feuilles) », 114 x 175 cm, 2018. Moufouli Bello, «Iyalodé », 140 x 110 cm, 2018. Crédit photo : Audace Aziakou.

Moufouli Bello : pour la valorisation des femmes africaines
D’origine yoruba, Moufouli Bello, met en lumière son attachement ethnique au sein de ses œuvres. Pour cette exposition, l’artiste présente trois œuvres, des portraits de femmes. L’œuvre « Ikuoko mi » représente une femme vêtue d’un pagne au motif d’« Adiré » (pagne de valeur d’origine yoruba), fil en main, elle coud un morceau de tissu. Pour cette artiste, le fil revêt une dimension métaphorique importante qui pourrait évoquer les liens de cette femme avec ses proches disparus, mais également ses relations avec les autres femmes.

Moufouli Bello, « AdjokéWorries », 140 x 110 cm, 2018.

« Adjokè Worries » représente une femme assise, la main à la joue qui pourrait faire écho au Penseur. Ce portait traduit l’angoisse, la crainte qui semble traverser l’âme de la jeune femme, et dans un même mouvement une attente, un espoir. La venue du printemps ? Les déclinaisons infinies de bleu de Moufouli Bello – caractéristique de son langage plastique et de l’identité artistique de sa peinture ; mettent en lumière son intérêt prononcé pour les questions sociétales et plus particulièrement son intérêt relatif aux représentations des femmes africaines.
L’exposition Nos printemps sera présentée jusqu’au 27 octobre 2018 au Centre.

Hubert KIDJASSOU

Programme du Mois de la Culture Béninoise à Lomé

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