Visite de l'exposition « AfroVision » de Mounia Youssef. Ph / Tognidaho

Bénin-Arts plastiques : « AfroVision », une revendication identitaire et féministe

Des œuvres de l’artiste photographe et designer graphique Mounia Youssef sont en exposition du 5 octobre au 31 décembre 2019 à la galerie du centre culturel finno-africain « Villa Karo » sis à Grand-Popo.

Une cinquantaine d’œuvres portant sur les cheveux naturels et le féminisme, le tout condensé dans une exposition intitulée « Afro Vision ». C’est le fruit de plusieurs années de recherches menées par Mounia Youssef, une artiste photographe libano-togolaise vivant au Bénin. Majoritairement constituée de photos et de posters, cette exposition révèle une certaine évolution dans son travail artistique. Suite à ses précédentes expositions dont « l’Hair du Temps » en 2017 et celle collective « A quelle distance est le passé du présent ? » en mars dernier, « Afro Vision » vient étaler le répertoire de l’artiste. Ceci pour insister sur ses idéaux en vue d’inciter son public à se défaire de certains stéréotypes. L’acceptation de soie, l’appropriation des valeurs ancestrales africaines et l’émancipation de la gente féminine sont tant d’idéaux que Mounia défend à travers ses œuvres.

« J’aime mes cheveux parce qu’ils sont un reflet de mon âme. Ils sont denses, frisés, doux, texturés, difficiles, faciles et amusants. C’est pourquoi j’aime mes cheveux ». Cette assertion de l’actrice américaine Tracee Ellis Ross, l’artiste photographe l’épouse entièrement au point de la relayer dans le texte explicatif de sa démarche artistique (imprimé et exposé dans la galerie). Métisse et fière de l’être, Mounia Youssef voit en ses cheveux frisés, son identité. Fortement influencée par le mouvement ‘’Nappy’’ (mouvement né dans les années 2000 aux Usa et qui consiste à garder ses cheveux à l’état naturel), l’artiste y consacre une vingtaine d’œuvres. Avec des graphiques puis une série de portraits (photos de modèles hommes et femmes) en noir et blanc réalisés en studio et n’ayant subi aucune touche artificielle si ce n’est à l’étape de la post production, Mounia met en exergue des coiffures et tresses africaines.

Au-delà de la beauté mis en exergue à travers les Nappy (cheveux naturels), les œuvres de Mounia Youssef renvoient à l’authenticité de l’identité africaine. Pour elle, les cheveux naturels constituent un patrimoine qu’il faut à tout prix conservé. L’artiste y voit également un moyen de réappropriation voire de revendication identitaire. Outre ce travail de revendication identitaire, « Afro Vision » s’intéresse aux femmes du monde. Dans un autre angle de la galerie, sont exposées des œuvres assez ‘’féministes’’. Avec des posters, collages digitaux coupures de presse et d’autres fragments historiques, Mounia Youssef fait référence à ces grandes femmes qui ont impacté l’histoire de l’humanité. Ce travail est une invite à l’émancipation de la femme. Mounia rêve d’une Afrique où les femmes décident et ne se laissent point écraser par le poids des préjugés socioculturels.

Inès Fèliho

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