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Abomey/ Guerre des clans et sauvegarde des intérêts patrimoniaux : Quand l’ombre des Rois Akaba et Glèlè plane sur les petits fils devenus autorités

Bras de fer entre le Maire d’Abomey Blaise Ahanhanzo – Glèlè et le Conseiller Gabin Djimassè. Une affaire de délibération d’une réunion communale met les deux élus dos – à dos au sujet de la construction dans la capitale historique du Bénin du 1er Centre de Culture et de Rencontres (CCR) de l’Afrique subsaharienne. Enquête…

Vendredi 02 février 2018. 11 heures. Tout était bien parti pour la finalisation du dossier portant projet de construction du Centre de Culture et de Rencontres (CCR) à Abomey, une initiative financée à presque 100% par l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF).

Les principaux hôtes du Ministre du Tourisme, de la Culture et des Sports, Oswald Homéky, ce vendredi matin étaient les partenaires au projet CCR et le Maire Blaise Ahanhanzo d’Abomey. Ils étaient dans les locaux du ministère pour la signature des différentes conventions définissant les conditions de réalisation du projet. Mais rien n’y fit. La séance n’est pas allée à terme comme convenu.

Le Maire Blaise Ahanhanzo- Glèlè a fait foirer la matinée

Le Maire Blaise Ahanhanzo- Glèlè. ph/DR

Le Ministre et les partenaires étaient sur le point d’apposer leur signature sur les conventions quand, contre toute attente, le premier Responsable de la ville d’Abomey sort un nouvel élément qui ne figure nulle part sur les documents officiels du projet.

En effet, Blaise Ahanhanzo lâche à l’assistance que le palais Akaba qui apparaît dans les documents officiels comme site choisi pour abriter le joyau n’a jamais été retenu.

Pour justifier ses propos, le Chef de l’hôtel de ville d’Abomey, brandit par la suite une délibération du conseil communal qui aurait retenu le palais privé du Roi Glèlè, sis à Djègbé.

Face à cette situation qui relance le débat sur le site bénéficiaire du projet, la signature des conventions n’a pu se faire dans la matinée de ce vendredi 02 février 2018.

Le Ministre Oswald Homéky, dans la logique de boucler définitivement ce dossier dont la finalisation dure déjà trop a (re)convoqué les différentes parties pour l’après – midi de ce même vendredi. Contrairement aux partenaires venus de l’AIMF, le Maire Ahanhanzo ne s’est pas présenté à ce nouveau rendez- vous.

Les faits qui démontent le plan de l’autorité communale
La délibération du conseil communal arguée par le Maire Ahanhanzo date du 21 juin 2016. Elle précise en son article 1 ce qui suit : « Par un vote unanime, les Conseillers Communaux ont autorisé la construction du Centre de culture et de rencontres dans le palais privé du Roi Glèlè, à Djègbé, commune d’Abomey ».

Le Conseiller Gabin Djimassè a son nom et sa signature, annexés à ladite délibération comme les autres membres du conseil. Mais il dit n’avoir jamais participé à un vote qui ait choisi le palais privé du Roi Glèlè.

Joint au téléphone par la rédaction de Dekartcom.net le dimanche 04 février 2018 à 09 h 48, celui- ci réitère ses propos en ces termes : « Je ne me reconnais pas à travers cette délibération. J’étais dans mon lit d’hôpital quand deux experts de l’Unesco étaient venus me dire la position de cette institution sur le projet. L’Unesco ne s’est jamais opposé à la réalisation du projet sur le palais Akaba. Et convalescent, des jours après, je me suis rendu à la mairie pour faire entendre cela parce que le Maire avançait comme argument un refus de l’Unesco. Et donc pour lui, il vaut mieux laisser le palais Akaba pour construire le Centre dans le palais privé de son ancêtre Glèlè. C’est parce que le débat était corsé que j’ai dû me déplacer pour apporter les clarifications en étant convalescent. Comment je peux partir exposer la position de l’Unesco et voter après pour le palais privé du Roi Glèlè ? Je ne me reconnais pas à travers cette délibération et je ne suis pas le seul. L’actuel Ministre de la défense, Alain Nouatin, précédemment Conseiller communal à Abomey ne se reconnait pas aussi à travers cette délibération. Le palais Akaba est public et celui de Glèlè est privé et on ne peut pas investir autant d’argent public dans une cour privée. Moi, je n’ai jamais voté le palais privé du Roi Glèlè. La logique a été clair, je ne comprends pas ce que le Maire dit. L’ancien Ministre de la culture Ange N’Koué avait déjà tranché la question liée au site en validant le palais Akaba ».

Justement, le 29 mai 2017, M. Ange N’Koué alors Ministre du tourisme et de la culture a complètement vidé le débat sur le site en portant le choix sur le palais Akaba et ce en présence du Ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané et du Maire Blaise Ahanhanzo. Ceci pour la simple raison que ce palais est public et celui de Glèlè, privé.

Le 02 juin 2017, votre web journal Dekartcom.net avait publié un article intitulé : Patrimoines : Des risques de déclassement pèsent sur le Bénin où il a abordé le sujet. En effet, dans cette production, nous avions clairement mentionné le choix porté sur le palais Akaba en ce qui concerne le projet CCR et nous invitions les autorités béninoises à prendre les mesures nécessaires pour conserver l’authenticité dudit palais puisqu’il est classé dans le patrimoine mondial de l’Unesco.

C’est donc une évidence que le palais Akaba est le choix officiel de l’Etat béninois.

A chacun sa vérité
Ce même dimanche 02 février, nous avons vainement essayé de joindre le Maire Ahanhanzo. Le lundi 05 et le mardi 06 février, nous avons continué à l’appeler mais l’homme jusqu’à ce que nous finissions la rédaction de notre article n’a pas décroché notre appel.

Par ailleurs, nous avons réussi à contacter son Premier Adjoint (PA), M. Gabriel Médéou. Voici ce qu’il a dit du sujet : « L’information là est dépassée. Si vous voulez la vraie version des choses, rapprochez- vous de celui qui a amené le projet à Abomey. Il s’appelle Janvier Nougloï. Mais celui qui vous a dit que c’est le palais Akaba a menti. Nous avons choisi le palais privé Glèlè. Au départ, c’était le palais Hangbé qui était choisi mais sa superficie ne pourrait pas suffire. Il n’a jamais été question du palais Akaba. C’est pour la première fois que j’entends le nom- là dans le projet. C’est le palais privé Glèlè que nous avons choisi. S’il y a eu par la suite d’autres réunions avec le Ministre où c’est le palais d’Akaba qui est retenu, moi je n’étais pas là. Ce que je sais le Conseil a choisi Glèlè ».

Le ton du PA semble catégorique. A un moment donné au cours de notre conversation, il ne répétait que cette phrase : « tout ce que je sais, c’est le palais Glèlè que nous avons choisi ».

Alors nous lui avons demandé si M. Gabin Djimassè était au Conseil qui a fait cette délibération. Voici sa réponse : « moi, je ne peux pas me rappeler de cela. Moi, j’ai participé à une réunion et c’est de cela que je parle. Et ça s’arrête là ».

Quelques fausses notes qui retiennent l’attention
Au début du dossier, c’est le palais Hangbé qui a été choisi par le porteur du projet, M. Janvier Nougloï. Mais ce choix a été vite balayé avec l’argument de palais privé. Pour Hangbé, il n’était pas, selon nos recoupements question de superficie mais plutôt du statut privé que porte le palais. Nous pensons qu’on ne peut pas rejeter un privé et prendre par la suite un privé.

La deuxième remarque, la délibération controversée a été signée le 21 juin 2016. Mais curieusement la liste de présence qui l’accompagne est du 16 juin de la même année. Nous notons donc un décalage entre les dates.

Approché sur cet état de chose, le PA Gabriel Médéhou décline toute responsabilité et nous demande de nous rapprocher du Secrétaire général (SG) de la mairie. Ce dernier aurait dû faire des erreurs sur les dates, suppose le Premier Adjoint au Maire.

Quant à nous, en attendant de joindre le SG, nous pensons qu’on ne saurait laisser des erreurs pareilles dans un document officiel.

Nous poursuivons nos investigations. Nous vous reviendrons les jours à venir avec le point de vue du Maire Blaise Ahanhanzo Glèlè sur l’affaire.

Réalisation : Esckil AGBO

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